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Toxinet : le blox du tox

Marc, c’est ce qui était écrit sur ma carte d’identité du temps où j’en avais encore une, alias Marco à l’époque où j’avais encore des proches et que j’étais suffisamment aimé pour qu’on ait envie de m’affubler d’un surnom affectueux. Aujourd’hui, personne n’éprouve le besoin de m’appeler par un nom, un prénom ou un surnom. Au mieux, je suis la p’tite merde de mon dealer et j’avoue que c’est ainsi aussi que je pense à moi, quand il m’arrive de penser à moi. C’est un phénomène assez nouveau, j’ai vécu longtemps sans penser à quoi que ce soit et encore moins à moi ou à ce que je suis, on va appeler cela un instinct de survie psychologique… Sauf que récemment, deux neurones ont dû se court-circuiter et ont remis mon cerveau en route, la machine à réfléchir fonctionne à nouveau. Quand un engin pareil n’a pas servi depuis longtemps, il est grippé, il grince, il est rouillé de partout, et c’est moi qui dérouille. Je repense au passé, je regarde ce qu’il se passe autour de moi et je ne me contente pas de voir, je cogite. Journaleux de mon métier dans une autre vie, je ne peux pas garder pour moi ce que mon cerveau malade, intoxiqué et en manque de relations sociales peut accoucher. J’ai un besoin nouveau qui se fait sentir, un besoin d’écrire, un besoin de témoigner, de partager. Alors, ici, ce ne sera pas Marc, ni Marco, ce ne sera pas p'tite merde non plus, mais ce sera SDFblogger !

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Publié le 24 Novembre 2015 par SDFblogger in VIVRE DANS LA RUE, VIE SOCIALE, A TABLE

Le SAMU social a commencé ou intensifié, je n'en sais rien ses maraudes de nuit jusque vers « chez moi ».
Ça a discuté une bonne partie de l'avant dernière nuit du côté bulgare. Les maraudeurs de l'équipe de dimanhe ont emmené les petits yaourts et certaines femmes. Ils ne veulent pas laisser partir les enfants mais les intervenants n'arrivent pas à tous les caser ensemble. Le choix doit être difficile : voir son enfant se geler et grelotter toute la nuit ou l'envoyer dans un endroit inconnu, pas seul mais sans soi. Ils sont tout le temps ensemble, c'est un groupe soudé. Parfois, j'en suis jaloux. C'est leur force, rompre ce groupe, cette protection ne doit pas être évident même si c'est nécessaire.
Ils manquent de structures pour les familles, les hommes et les femmes sont séparés. Ils n'acceptent pas les gens en état d'ivresse ou drogués. En manque, c'est directement aux urgences, etc...
J'admire leur travail, je pense qu'ils sauvent des vies mais les structures de fond ne suivent pas. Je ne considère pas qu'il s'agisse d'une demande à laquelle une offre doit répondre comme un dû. Je constate simplement que concrètement, cette aide est souvent refusée parce qu'elle ne correspond pas à la réalité des besoins des personnes.
Joe ne leur a même pas parlé ni avant-hier, ni la nuit dernière. Il a choppé trois soupes à chaque fois, pas un bonjour, pas un merci. Il est malade, il tousse salement et siffle en respirant. La femme est restée longtemps accroupie, à essayer de discuter avec lui.
D'un côté je suis inquiet et de l'autre, très égoïstement, j'étais soulagé qu'il refuse de partir avec eux. Je n'ai formulé cette crainte qu'après leur départ et elle m'a dérangée. Je n'avais pas envie de me retrouver seul.
J'ai discuté avec eux. La nuit, c'est plus facile pour moi, l'obscurité gomme les différences d'apparence. Eux aussi ont froid, je me sens moins en situation d'infériorité.
Il semblerait que la plupart des gens refusent encore d'aller dans un hébergement d'urgence. L'homme qui m'a donné à manger la nuit dernière me dit que dès que le thermomètre va passé en dessous d'un certain seuil, les hébergements seront saturés.
Il m'a presque convaincu de le suivre... On verra plus tard. Je ne peux pas me passer de mon shoot de la nuit et je préfère éviter le passage aux urgences.
J'ai moi aussi eu droit à ma soupe. Ils sont sponsorisés par les soupes déshydratées Maggi !
Il est infirmier dans la « vraie vie ». Il a remarqué que je boitais et ne tapais que d'un pied. Il m'a conseillé de consulter un médecin, d'après lui, il y a un souci sérieux. Devant mes réticences à me taper une leçon de morale, voire une humiliation aux urgences. Il m'a donné l'adresse d'un dispensaire où ça se passe habituellement bien avec les tox. J'ai galéré ce matin, Rick n'était pas là et j'ai dû chercher un collègue à lui. Je n'étais pas en état de crapahuter jusqu'au dispensaire et là, j'avais besoin d'un café. Je crois que je vais y aller maintenant.
En général, je laisse traîner ce genre de choses, je n'aime pas fréquenter les structures médicales et j'attends que les bobos guérissent avec le temps. Par contre, quand comme en ce moment, ça touche les pieds ou les jambes, ça peut me gêner pour mon activité essentielle à savoir chercher et trouver Rick, ça commence à m'inquiéter !

 

 

 

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