Aujourd’hui, quelqu’un que je connais à peine, que je ne connais que virtuellement et depuis moins d’un mois m’a fait un cadeau.
Un cadeau, ce n’est pas un don, ce n’est pas quelque chose qu’on attendait, ce n’est pas quelque chose qu’on a demandé.
Un cadeau, c’est une surprise.
Ca fait chaud et ça remue en même temps.
Pour moi qui ai le mal de mer émotionnel proche des variations de températures internes, je n’étais pas loin de la nausée.
Putain, mais un cadeau pour moi ??? Vous vous rendez compte ? Pour moi !
C’est écrit « pour Marc » et Marc, c’est moi.
J’ai beau être un monstre, un moins que rien, une ordure, un détritus, inutile et inadapté, quelqu’un a passé du temps à penser à moi, a mobilisé de l’énergie pour moi ! Moi !
Je vais me calmer sur le « moi » avant de virer totalement égocentré mais je suis encore sur le cul.
Même assis sur mon derrière, ça n’empêche pas la machine à cogiter de se mettre en route et de gripper, comme d’habitude :
Pourquoi un cadeau ? Est-ce que c’est vraiment en cadeau ? Pourquoi à moi ? C’est vraiment pour moi ? C’est un piège ? Qu’est-ce que je dois dire ? Qu’est-ce que je dois faire ? Comment je montre que ça me touche ? Est-ce que je dois le montrer ? Qu’est-ce qu’elle attend en retour ?
Arrête ! Mais putain arrête !
J’arrête.
Il faut que je me pose, que je digère, que je l’accepte, que mon cerveau se calme et me laisse l’accepter.
Je regarde ce cadeau, je le caresse des yeux, je touche l’écran du doigt, je le lis, le relis et le rerelis. Je le connais déjà par cœur mais je le note sur un prospectus froissé pour en avoir une trace matérielle, pour mieux l’accepter.
Ce papier me brûle les doigts. Je le range, il pèse dans ma poche. Il est là, il se rappelle à moi.
Quelqu’un a pensé à moi sans que je me manifeste auprès de lui pour demander, quémander, espérer… J’existe au-delà d’une nécessité matérielle dans les yeux de cette personne.
Ca fait chaud, ça brûle même à l’intérieur et ça doit sortir.
Ma femme n’a jamais été portée sur les cadeaux, anniversaires ou autre Noël entre adultes. Ça ne m’a jamais manqué, je n’en avais pas l’habitude. Enfant, ma sœur m’avait offert une ardoise magique pour un Noël, il me semble. Je l’ai gardée très longtemps même si elle avait été cassée par un pied maladroit ou sadique.
Je ne suis donc pas un habitué des cadeaux.
Et là, j’ai juste envie de poser ma tête sur une épaule et de brailler comme un bébé, pas comme
Joe en silence, mais à gros sanglots, sans retenue, comme un barrage qui céderait. J’ai essayé sur l’écran de l’ordinateur, ça ne marche pas trop et je me suis attiré quelques regards en coin.
Alors je vais essayer d’avaler ma salive et de continuer ma journée avec ce cadeau qui réchauffe, caché dans mon cœur, qui brûle, rangé dans ma poche et qui doit encore trouver une place dans ma tête si je veux qu’elle reste froide.
Merci. Vraiment, simplement, merci.