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Toxinet : le blox du tox

Marc, c’est ce qui était écrit sur ma carte d’identité du temps où j’en avais encore une, alias Marco à l’époque où j’avais encore des proches et que j’étais suffisamment aimé pour qu’on ait envie de m’affubler d’un surnom affectueux. Aujourd’hui, personne n’éprouve le besoin de m’appeler par un nom, un prénom ou un surnom. Au mieux, je suis la p’tite merde de mon dealer et j’avoue que c’est ainsi aussi que je pense à moi, quand il m’arrive de penser à moi. C’est un phénomène assez nouveau, j’ai vécu longtemps sans penser à quoi que ce soit et encore moins à moi ou à ce que je suis, on va appeler cela un instinct de survie psychologique… Sauf que récemment, deux neurones ont dû se court-circuiter et ont remis mon cerveau en route, la machine à réfléchir fonctionne à nouveau. Quand un engin pareil n’a pas servi depuis longtemps, il est grippé, il grince, il est rouillé de partout, et c’est moi qui dérouille. Je repense au passé, je regarde ce qu’il se passe autour de moi et je ne me contente pas de voir, je cogite. Journaleux de mon métier dans une autre vie, je ne peux pas garder pour moi ce que mon cerveau malade, intoxiqué et en manque de relations sociales peut accoucher. J’ai un besoin nouveau qui se fait sentir, un besoin d’écrire, un besoin de témoigner, de partager. Alors, ici, ce ne sera pas Marc, ni Marco, ce ne sera pas p'tite merde non plus, mais ce sera SDFblogger !

DILEMME

Publié le 13 Janvier 2016 par SDFblogger

Vous avez déjà eu l'occasion de changer de vie ?
Je suis un habitué des poubelles, des sachets de ketchup et de sucre et du sac de couchage posé sur un carton détrempé sur le béton, des bourrasques et de la pluie. Depuis quelques semaines, j'alterne avec les restos et les casses dalles improvisés, les draps propres, le matelas moelleux, les vêtements secs au sortir de la douche... pas mal pour un clodo !
On y prend vite goût.
Ce qui est gênant, c'est l'alternance de deux. Je peux m'habituer à peu près à tous les inconforts matériels mais il me faut un peu de temps pour les considérer comme faisant partie de ma vie. Alterner, c'est me souvenir à chaque fois que je sens mes pieds mouillés, que je me glisse dans le sac de couchage humide, etc... qu'ils pourraient être secs alors qu'en temps habituel, je n'y prête pas attention, c'est simplement « comme ça ».
Les sous dans la poche, ne pas passer dix minutes à compter ses pièces d'un centime à chaque fois qu'on voudrait se réchauffer les mains autour d'un gobelet de café, je ne vais pas cracher dessus et c'est devenu une habitude, il n'y a pas d'alternance, je fais attention donc je n'ai pas de trous dans ce budget facile en ce moment.
Et c'est au milieu de ces considérations que je me suis vu proposer l'aubaine du siècle, l'occasion de changer de vie !
Contre rémunération j'apporte certains plaisirs à un homme qui me facilite grandement la vie d'un point de vue pratique en ce moment.
Il n'est pas détestable, je n'arrive pas à le ranger dans une case. Il est poli, il sait ce qu'il veut mais n'impose rien, pas violent, sans goût qui pourraient particulièrement me répugner. Il a de petites particularités qui font que je suis mal à l'aise avec lui mais pas plus qu'avec un autre.
Disons que j'ai l'habitude d'un certain type de personnes. Je suis crade, peu engageant et j'ai la tronche de quelqu'un qui s'enfile de la came tous les jours depuis des années… je suis loin du jeune premier et je n'ai aucun talent ou goût particulier pour cela. J'ai les clients que je mérite.
Il sort du lot et ça me dérange.
Il m'offrIle un lit, un toit, du fric… et l'équivalent d'un boulot.
Le rêve ? Je ne sais pas.
Je n'ai pas encore donné de réponse.
D'aucuns diront que je ne suis pas libre, que ma vie est pourrie, que je suis esclave de mes dépendances alors un peu plus un peu moins, ça ne changera pas grand-chose et au moins j'aurai des fringues sèches. Il ne m'imposera rien que je ne fais déjà…
Sauf que je ne déciderai plus. Si je m'engage, ce n'est plus moi qui dis quand, qui dis combien, je ne peux plus changer d'avis au dernier moment, je ne peux plus décider… je ne suis plus libre.
Je ne ferai plus le grand écart, le confort me sera acquis. Je n'aurai plus froid mais je devrais me vêtir convenablement, je n'aurai plus faim mais j'essuierai des reproches si je me jette sur la nourriture les doigts en avant.
Je dormirai sur un lit mais je ne pense pas que j'aurai moins peur de fermer les yeux.
Un avis sur la question ?
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